À Neuilly-Plaisance, l’attente insoutenable après la disparition du petit Madoua

REPORTAGE. Une semaine après sa disparition, Madoua, trois ans, reste introuvable. L’enfant a été aperçu pour la dernière fois près d’une aire de jeux, à Neuilly-Plaisance (93). Non loin du lieu où sa trace s’est perdue, des bénévoles se mobilisent sans relâche pour tenter de le retrouver.

À Neuilly-Plaisance, l’attente insoutenable après la disparition du petit Madoua

« Si vous voyez le petit Madoua, appelez la police municipale de la ville où vous l’avez vu », lance au micro Ali Sow, 28 ans, l’un des bénévoles qui organise les battues depuis une semaine. À ses côtés, Soraya, proche de la famille, précise : « Madoua est un enfant avec un trouble autistique. Il ne parle pas et a tendance à se cacher ou à ouvrir les portes. »

Le rendez-vous est donné au skatepark de la ville. Dans ce grand hangar situé près de la gare de Neuilly-Plaisance (Seine-Saint-Denis), prêté par la municipalité, les organisateurs en gilets jaunes accueillent les volontaires qui arrivent par petits groupes. Ils sont une trentaine ce mardi 2 mars en fin d’après-midi, déterminés à compléter le travail des forces de l’ordre.

Skatepark de la ville de Neuilly-Plaisance (Seine-Saint-Denis), où les bénévoles se retrouvent, le 3 mars 2026.

Ne parlant pas en raison d’un trouble autistique, l’enfant a échappé à la vigilance de sa mère mercredi 25 février, vers 14h14, alors qu’il jouait sur la promenade André-Devambez. Malgré les importants moyens engagés — plus d’une centaine de policiers, des plongeurs, un hélicoptère équipé de caméras thermiques et des drones — les recherches restent pour l’heure infructueuses.

À l’entrée du hangar, une table recouverte d’affiches à l’effigie du garçon. Une feuille recense méthodiquement les zones déjà explorées.

« Nous donnons des flyers et du scotch aux bénévoles pour qu’ils les accrochent autour de chez eux. Nous mettons aussi à disposition des lampes torches pour les battues de nuit », explique l’une des organisatrices.

À quelques mètres, Naïma aligne des bouteilles d’eau et des barquettes de nourriture apportées par des habitants. Le visage tiré, elle confie : « Nous avons mis en place un système de relais pour être présents 24 heures sur 24. » Le hangar ferme seulement entre 5 h et 10 h, le temps pour certains bénévoles de se reposer avant une nouvelle journée de recherches, en plein mois de Ramadan.

Nourriture et boissons sont apportées chaque jour par les bénévoles dans le hangar proche de la gare, le 3 mars 2026.

Battues citoyennes sur les bords de Marne

Lorsque le groupe s’étoffe, Ali Sow rassemble les volontaires au centre du hangar. Micro en main, il détaille la stratégie avec Soraya.

« Dans le groupe WhatsApp, nous avons mis des audios avec les voix de sa sœur et de sa mère, des voix familières qu’il pourrait reconnaître. N’hésitez pas à les diffuser. Évitez de rechercher seuls. Nous allons longer la Marne vers Bry-sur-Marne et Le Perreux. »

Rapidement, les équipes se répartissent : certains partent en battue, d’autres sillonnent les rues pour distribuer des affiches. 

Des bénévoles distribuent les affiches du jeune Madoua sur les bords de Marne, le 3 mars 2026.

Sur les berges, des bénévoles scrutent les buissons, fouillent les feuilles mortes, interrogent les passants. Wassa T., 51 ans, femme de ménage, a découvert l’appel à l’aide sur les réseaux sociaux. « Je prends sur mon temps libre parce que c’est un enfant de trois ans. On est tous très touchés par cette histoire malheureuse. C’est dur, mais on reste optimistes. »

Une affiche collée sur un grillage proche du parc où Madoua a été aperçu par sa mère pour la dernière fois, le 3 mars 2026.

Plus loin, Priscilia, 19 ans, étudiante en BTS médico-social, alterne entre cours et recherches. « Hier, j’ai fini à 1 heure du matin. Je viens aider dès que j’ai du temps libre. » Elle inspecte une dernière fois les fourrés avant de repartir, bredouille.

Priscilia, étudiante de 19 ans, participe aux recherches du petit Madoua, le 3 mars 2026.

« On n’en entend pas assez parler » 

Au fil des heures, une frustration revient dans presque toutes les conversations : le manque de visibilité de l’affaire.

Fabienne J., 53 ans, cuisinière à Bry-sur-Marne, vient prêter main-forte chaque jour depuis le lendemain de la disparition. « J’ai des petits-enfants que j’emmène souvent au parc ici. Je trouve qu’on n’en entend pas assez parler dans la presse. »

Même constat pour Angélique A., mère au foyer : « Les gens ne sont pas au courant. Dans la ville où j’habite, près de Torcy, mon pharmacien ne savait même pas. Moi, je l’ai appris sur Snapchat. »

Mahora, 22 ans, aide-soignante auprès de personnes autistes, colle des affiches depuis cinq jours sans quasiment dormir. « L’affaire n’a pas eu la portée médiatique qu’on souhaiterait. » Elle met aussi en garde contre « les fausses rumeurs » qui circulent en ligne.

Dans un communiqué publié mardi 3 mars, l’avocat Yassine Bouzrou, qui dit représenter les parents, dénonce lui aussi le manque d’écho : « Le peu de visibilité donnée à la disparition du jeune Madoua ne peut qu’étonner lorsque nous avons assisté dans d’autres cas à la mobilisation totale des services de la justice. »

La défiance envers les médias se ressent parfois sur le terrain. Une passante interpelle les journalistes : « Vous êtes de quels médias ? Vous êtes arrivés un peu tard quand même. »

Près de l’aire de jeux, la vie a pourtant repris. Le parc, brièvement fermé, a rouvert. Certaines familles ignorent encore la disparition. « Je viens de l’apprendre, ça m’a beaucoup surprise », confie une mère.

Dans le hangar, la fatigue se lit sur les visages. Beaucoup n’ont presque pas dormi. Eugénia, 70 ans, observe la mobilisation les larmes aux yeux : « C’est la communauté du cœur… Je m’accroche chaque jour à mon téléphone en espérant une bonne nouvelle. » Tous rentrent bredouilles ce soir-là. Mais beaucoup promettent de revenir dès l’aube.

Pour rappel, au moment de sa disparition, Madoua portait un pull bleu avec des épaulettes rouges. Si vous disposez de la moindre information ou apercevez l’enfant, contactez immédiatement la police nationale en composant le 17.

Auteur⸱ice

Sara Trabi
Sara Trabi

Journaliste plurimédia avec un oeil sur l’actu internationale et les questions de société. Diplômée en histoire, en relations internationales, et en journalisme, elle collabore avec plusieurs médias dont Le Média où elle y présente des émissions.

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