Un média 100% antiraciste !

Actualités décoloniales · justice · Guadeloupe

Affaire Claude Jean-Pierre : les gendarmes mis en examen 6 ans après les faits

L’avocate de la famille du guadeloupéen mort après un contrôle routier a dévoilé l’avancée dans la procédure. Une “première victoire” pour les proches et leurs soutiens. 

Par Méwaine Petard 07 septembre 2026 3 min
Affaire Claude Jean-Pierre : les gendarmes mis en examen 6 ans après les faits

6 ans après la mort du guadeloupéen, la procédure engagée contre les gendarmes impliqués prend un nouveau tournant avec la mise en examen.

C’est dans les locaux de la très solennelle Assemblée Nationale que journalistes, mais aussi familles de victimes de violences policières ont été conviées ce samedi 5 septembre à une conférence de presse organisée par le couple Fatia Alcabelard et Christophe Sinnan, fille et gendre de Claude Jean-Pierre.

Pour l’avocate de Fatia et Christophe, Maître Maritza Bernier, en visioconférence depuis Pointe-à-Pitre, “l’espoir renaît” après l’annonce de la mise en examen des deux gendarmes impliqués.

Pour rappel : le 21 novembre 2020, Claude Jean-Pierre, surnommé “Klodo”, un Guadeloupéen de 67 ans, tombe inanimé à la suite d’un contrôle de gendarmerie et décède de ses blessures quelques jours plus tard à l’hôpital.

Depuis, ses proches se battent pour obtenir justice et réclament la condamnation des deux gendarmes.

Réunis à l'Assemblée nationale, Fatia et Christophe, fille et gendre de Claude Jean-Pierre ont accueilli la mise en examen comme une "première victoire" et poursuivent leur combat.

Ce samedi, près de 6 ans après les faits, Me Bernier, en visioconférence depuis la Guadeloupe a annoncé que les deux gendarmes avaient été mis en examen par la juge d’instruction pour homicide involontaire. Elle a également rapporté que l’information judiciaire – phase d’enquête permettant de rassembler les preuves – avait touché à sa fin, ouvrant la voie vers un potentiel procès.

En visioconférence depuis la Guadeloupe, maître Bernier s’est réjouie de la décision de la Juge d’Instruction, un revirement plus de trois ans après que le procureur de Basse-Terre a requis un non-lieu : “vers mi-juin, la nouvelle juge d’instruction nous avait reçues et nous a dit ‘je vous ai entendus’ et les choses iront vite. Et elle a tenu parole.”, relate-t-elle.

Cette nouvelle est accueillie comme une “première victoire” par l’avocate et les proches, qui doivent maintenant attendre la clôture officielle de l’information judiciaire et la décision de la Juge d’Instruction de renvoyer ou non l’affaire devant la Cour d’Assises.

Tant qu’on n’obtiendra pas justice, on continuera à se battre. Tant qu’on ne sera pas au tribunal de Basse-Terre avec ces deux personnes en face de nous, on continuera notre combat”, conclut Fatia Alcabelard.

Une victoire célébrée en communauté

Ce soulagement après plusieurs années de ballottement, Fatia et Christophe ont tenu à le partager avec d’autres collectifs de lutte contre les violences policières, souvent des membres de la famille des victimes.

Étaient donc présentes à la conférence de presse des figures connues comme Assa Traoré, le collectif Stop aux Violences d’État, celui en soutien à Nahel Merzouk, le frère de Gaye Camara … chacun a témoigné son soutien à la famille de Claude Jean-Pierre et a accueilli l’avancée de la procédure comme une victoire collective : “C’est comme si cette mise en examen était la nôtre”, se réjouit Assa Traoré, alors que la Cour de cassation a confirmé le non-lieu pour les gendarmes impliqués dans la mort de son frère Adama. “C’est une victoire dans un combat que nous porterons auprès de toutes les familles qui arriveront après”.

En évoquant le cas de leur proche disparu, ces hommes et ces femmes ont rappelé les similarités entre chaque affaire de violence des forces de l’ordre, les longs délais des procédures judiciaires, sans oublier le caractère raciste et colonial qui lie chacune de ces morts, en Outre-Mer comme dans les quartiers populaires :

“Il faut qu’on reste vigilants, on est dans un système colonial et raciste”, rappelle Christophe Sinnan, gendre de Claude Jean-Pierre, “En Guadeloupe, en Martinique, dans les territoires colonisés, la justice fonctionne différemment”, évoquant notamment la durée de la procédure.

L’espoir dans un contexte politique tendu

Le choix de l’Assemblée nationale pour cette conférence de presse n’avait rien d’anodin. Soutenus par les députés de Guadeloupe Christian Baptiste et Olivier Serva, mais également Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée, Fatia et Christophe ont tenu à rappeler que la mise en examen des gendarmes survient quelques semaines après l’adoption par les députés de la loi visant à reconnaître une présomption de légitime défense, dite loi “permis de tuer”.

Politiques comme collectifs, tous ont rappelé dans leur discours l’organisation de la marche contre la loi “permis de tuer”, organisée le 20 septembre prochain dans plusieurs villes de France hexagonale, et qui devrait également se tenir à Pointe-à-Pitre selon une information donnée par le collectif Stop aux Violences d’État.

Inscrivez-vous à la newsletter

Soutenez le projet d'un seul geste, abonnez-vous gratuitement à la newsletter d'histoire coloniale et antiraciste.