Ce qu’il faut retenir de l’entretien de Bally Bagayoko sur Histoires Crépues

Bally Bagayoko était l’invité de la chaîne Histoires Crépues ce jeudi 7 mai 2026. Élu maire de Saint-Denis–Pierrefitte dès le premier tour le 15 mars dernier, il est au cœur d’une tempête médiatique marquée par des attaques racistes et des accusations de liens avec le narcotrafic.

Ce qu’il faut retenir de l’entretien de Bally Bagayoko sur Histoires Crépues

Seumboy s’est entretenu avec Bally Bagayoko lors de cet épisode où il revient sur son parcours, les attaques racistes qu’il a subi et ses ambitions politiques pour la ville de Saint-Denis–Pierrefitte.


Seumboy : Vous vous appelez Bally Bagayoko. Beaucoup de journalistes et de responsables politiques ont du mal à prononcer votre nom. Vous n’êtes pas le seul. Chaque jour en France, des milliers de personnes issues de l’immigration doivent épeler leur nom, accepter les erreurs ou les moqueries, alors même que Bagayoko est un nom très répandu. Pouvez-vous nous expliquer rapidement l’histoire de votre nom de famille ?

Bally Bagayoko : D’abord, Bally vient du prénom du meilleur ami de mon défunt père, qui était imam à Hamdallaye, à Bamako. C’est de là que vient mon prénom. Quant à Bagayoko, c’est un grand nom de famille au Mali, historiquement lié à des familles de forgerons. Il y a un héritage très ancré dans l’agriculture, mais aussi dans le travail du fer. C’est toute cette histoire et cet héritage que je porte aujourd’hui.

Seumboy : Dans une vidéo publiée le 28 avril 2026 sur Instagram, on vous voit visiter des logements insalubres et dénoncer les pratiques de certains bailleurs sociaux. Comment comptez-vous aider les locataires qui vivent dans ces conditions ?

Bally Bagayoko : D’abord en dénonçant ces situations. À La Tournelle–Saint-Louis, à Saint-Denis, certaines familles vivent dans des conditions catastrophiques, avec des logements infestés de cafards et un abandon total de l’entretien. Le rôle du maire, c’est d’être aux côtés des habitants. Nous convoquons les gestionnaires concernés afin de constater les manquements et déclencher des procédures, via des arrêtés municipaux, pour contraindre les propriétaires à entretenir leur patrimoine.À l’échelle de la ville, nous allons aussi mettre en place une conférence des bailleurs pour rappeler que ce n’est pas parce qu’on est dans un territoire populaire qu’on peut se comporter comme des “voyous” et laisser les équipements se dégrader. Chaque bailleur devra prendre des engagements concrets et mesurables avec les associations de locataires.

Seumboy : Vous avez longtemps été proche du Parti communiste français et vous êtes aujourd’hui à La France insoumise. Quel est votre rapport avec LFI ?

Bally Bagayoko : Mon arrivée à La France insoumise s’est faite assez naturellement. J’ai rejoint le mouvement en 2017, au moment de sa création, et j’ai participé à la création des premiers groupes d’action à Saint-Denis. J’avais le sentiment qu’il y avait un affaiblissement de la gauche de rupture et que certaines questions avaient disparu du débat à gauche : les quartiers populaires, les violences policières, ou encore l’islamophobie. La France insoumise a accepté de mettre ces sujets à son agenda politique, et c’est ce qui m’a conduit à la rejoindre.

Seumboy : Beaucoup de personnes accusent La France insoumise d’instrumentaliser les habitants des quartiers populaires. Que répondez-vous à cela ?

Bally Bagayoko : Je ne me considère pas comme une victime instrumentalisée. J’assume pleinement mes choix politiques. Toutes les formations politiques cherchent à fédérer autour d’idées et de combats. Avant LFI, j’ai aussi été au Parti communiste. Ce qui compte, c’est de savoir si nous avons le droit d’exprimer un avis, de nous organiser collectivement et d’essayer de transformer la société. Moi je me sens surtout utile dans ces combats.

Seumboy : Vous avez souvent expliqué ne pas aimer le terme “racisé”, pourtant très utilisé à gauche. Pourquoi ?

Bally Bagayoko : Je comprends parfaitement ce terme sur le plan sociologique, parce qu’il décrit une réalité : nous sommes souvent traités à travers notre couleur de peau. Mais personnellement, je préfère parler d’“héritiers de l’immigration”, et on peut y intégrer la notion d’héritage postcolonial, et même les victimes de l’esclavage. Il y a dans cette idée quelque chose de plus positif, de plus assumé. Je parle d’héritage parce que je suis fier de ce que je suis.

Seumboy : Vous dites souvent que l’extrême droite cherche à diviser alors que vous voulez rassembler. Mais comment rassembler dans une France aussi fracturée ?

Bally Bagayoko : Cette fracture est aussi le résultat de choix politiques. Quand on abandonne les services publics, qu’on ne construit pas suffisamment de logements ou qu’on laisse les inégalités se creuser, on crée les conditions dans lesquelles l’extrême droite prospère. Nous considérons que l’État doit jouer son rôle de régulation sociale. Et en parallèle, l’extrême droite doit être combattue partout. On ne peut pas banaliser le fait qu’il y ait aujourd’hui près de 140 députés issus du Rassemblement national.

Seumboy : En parlant d’extrême droite, le magazine Frontières a publié une Une avec votre portrait accompagné de la phrase “La victoire des dealers”. Quelle a été votre réaction ?

Bally Bagayoko : Une réaction d’indignation. Cette couverture confirme ce que nous dénonçons depuis longtemps : Frontières assume une ligne raciste. Cela renforce notre détermination à combattre ces discours. Nous ne nous laisserons pas intimider par ce type de publication, qui mélange mensonges et amalgames. Chacun devra assumer ses responsabilités, y compris devant la justice.

Seumboy : Vous avez été la cible de nombreuses désinformations dans les médias. Comment avez-vous vécu cette surexposition ?

Bally Bagayoko : J’ai compris qu’il y avait une volonté d’acharnement dès mon élection. Il fallait disqualifier cette victoire populaire en insinuant qu’elle était liée au narcotrafic. Il y a aussi tout un imaginaire raciste derrière certaines attaques. Des journalistes ont relayé des accusations sans vérifier les faits. Mais derrière moi, il y a aussi une famille : une mère, une épouse, quatre enfants. Voir son nom exposé partout avec ce type d’accusations est forcément douloureux pour eux. C’est sans doute cela qui est le plus difficile.

Seumboy : Vous appelez à une grande marche contre le racisme le 21 juin prochain. Pouvez-vous nous en parler ?

Bally Bagayoko : Cette marche s’inscrit dans la continuité du rassemblement du 4 avril, qui avait réuni plus de 15 000 personnes. Nous voulons construire une mobilisation large, avec des jeunes, des artistes, des acteurs du monde culturel et médiatique. L’objectif est de faire de cette lutte antiraciste et antifasciste une priorité politique à l’approche de l’élection présidentielle.

Seumboy : Dans votre programme municipal, le mot “racisme” apparaît pourtant très peu. Pourquoi ?

Bally Bagayoko : Le programme contenait plus de 250 mesures et il a fallu faire des choix éditoriaux. Mais la lutte contre le racisme traverse plusieurs politiques publiques : la formation des agents municipaux, l’accompagnement juridique des victimes, ou encore le soutien à des associations engagées sur ces questions. Ce n’est pas parce qu’un mot apparaît peu qu’il ne structure pas notre action.

Seumboy : Beaucoup de médias ont affirmé que vous aviez “désarmé” la police municipale de Saint-Denis. Est-ce vrai ?

Bally Bagayoko : Non. La police municipale n’a pas été désarmée. Nous avons décidé de retirer les lanceurs de balles de défense (LBD) de l’espace public et de ne pas renouveler leur marché. En revanche, la police municipale reste équipée d’armes de service. Nous voulons surtout engager une réflexion sur la doctrine d’intervention et renforcer la police de proximité.

Seumboy : Pourtant, dans le même temps, vous demandez plus d’effectifs pour la police nationale. N’est-ce pas contradictoire ?

Bally Bagayoko : Non, parce que ce n’est pas le même rôle. Je maintiens les effectifs de la police municipale, mais je considère que l’État doit assumer ses responsabilités régaliennes. À Saint-Denis, il manque encore plusieurs centaines de policiers nationaux par rapport à des villes comparables. Je refuse que les communes populaires soient contraintes de compenser seules le désengagement de l’État.

Seumboy : Jean-Luc Mélenchon a annoncé sa candidature pour 2027. Comment voyez-vous cette campagne ?

Bally Bagayoko : Pour moi, c’est aujourd’hui la candidature la plus solide à gauche. Jean-Luc Mélenchon a réussi à reconstruire une dynamique de gauche de rupture. Je pense que nous pouvons gagner, notamment si nous parvenons à convaincre les abstentionnistes de retourner voter face au danger de l’extrême droite.

L’intégralité de l’entretien est à découvrir sur la chaîne YouTube d’Histoires Crépues.

Auteur

Sara Trabi
Sara Trabi

Journaliste plurimédia avec un oeil sur l’actu internationale et les questions de société. Diplômée en histoire, en relations internationales, et en journalisme, elle collabore avec plusieurs médias dont Le Média où elle y présente des émissions.

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