Dans les Outre-Mer, les pratiques sexuelles enfin étudiées

Dans les Outre-Mer, les pratiques sexuelles enfin étudiées
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Pour la première fois, l’INSERM (Institut national de la santé et de la recherche médicale) a inclus les départements d’Outre-Mer (Guyane, Martinique, Guadeloupe et La Réunion) dans son enquête nationale sur les comportements sexuels des individus entre 18 et 89 ans.

Si la science s’intéresse à la sexualité des Français en Hexagone depuis les années 1970, les départements et territoires d’Outre-Mer ont longtemps été exclus des études, pourtant précieuses pour établir des politiques efficaces de santé publique. Ces lacunes ont été prises en compte par l’INSERM qui a mené pour la première fois son enquête sur les pratiques sexuelles en incluant quatre des cinq départements d’Outre-Mer, Mayotte n’y figure pas pour “contraintes de faisabilité”. 

Dans un rapport paru le 14 avril dernier, l’Institut livre les premiers résultats de son étude, basée sur des questionnaires anonymes par téléphone et en ligne auprès de personnes âgées de 15 à 89 ans. 

Une entrée plus tardive dans la sexualité 

En Hexagone comme dans les Outre-Mer, le premier rapport sexuel tourne autour des 18 ans, pour les hommes comme pour les femmes. 

En effet, l’âge médian au premier rapport sexuel (âge auquel la moitié de la population a déjà eu un premier rapport) est de 18,2 ans pour les femmes et 17,7 ans pour les hommes en Hexagone, contre 17,7 ans en Guadeloupe, hommes et femmes confondus et 18,1 ans chez les hommes et 17,7 ans pour les femmes en Martinique. À La Réunion, le premier rapport survient plus tard encore, 18,9 ans chez les femmes et 17,8 ans chez les hommes. Depuis 2004-2008, les nouvelles générations de ces régions ont leur premier rapport de plus en plus tard.

En Guyane cependant, l’âge médian continue de diminuer pour atteindre les 15,7 ans chez les hommes et 17,4 ans pour les femmes. 

Dans chaque DROM étudié, les hommes déclarent en moyenne un nombre de partenaires sexuel.le.s plus élevé que les femmes, à tous les âges, exception faite de la Martinique, où les femmes de 18 à 29 ans en Martinique déclarent en moyenne 10,6 partenaires contre 9 chez les hommes du même âge. 

Cet écart entre le nombre de partenaires chez les hommes et les femmes tend globalement à diminuer chez les plus jeunes, mais demeure fort en Guyane, où en moyenne, les femmes de 18 à 29 ans déclarent avoir eu 4,5 partenaires au cours de leur vie, contre 14,5 chez les hommes. 

Des pratiques sexuelles à risque, une couverture vaccinale insuffisante

Si la majorité des répondants déclarent avoir utilisé un préservatif lors de leur premier rapport sexuel (des chiffres se situant entre 69% chez les hommes en Guyane à 82% chez les femmes en Guadeloupe), près d’une personne sur deux n’en a pas utilisé lors du premier rapport avec un nouveau partenaire au cours des 12 derniers mois, tout âge et territoire confondus. 

Dans les départements d’Outre-Mer, entre un quart et un tiers des femmes concernées déclarent ne recourir à aucune méthode contraceptive, une proportion bien supérieure à la moyenne nationale (9%). Les grossesses accidentelles dans ces régions se situent entre 11,5% en Guyane à 16% en Guadeloupe. 

Sur la question des vaccins, un ultramarin sur deux en moyenne déclare avoir reçu celui contre l’Hépatite B, une proportion plus faible chez les 18-29 ans, dont une grande partie ne connaît pas son statut vaccinal. Sur les papillomavirus humains (pouvant causer des cancers), le vaccin a été pris par une femme de 18-29 ans sur quatre et moins d’un homme sur six, des chiffres bien en deçà de l’objectif de 80% de couverture vaccinale globale.  

Une plus grande tolérance des jeunes sur les questions LGBT+

Interrogés sur leur perception de l’homosexualité, les 18-34 ans expriment des opinions plus favorables que les personnes plus âgées, exception faite de la Guyane, où ce sont les moins de 35 ans qui se montrent plus conservateurs sur cette question.

L’acceptation sociale de l’homosexualité demeure cependant en deçà de celle observée par l’INSERM en Hexagone (environ 32% de réponses positives chez les femmes en Outre-Mer contre près de 70% en Hexagone et environ 25% d’avis positifs chez les hommes ultramarins contre 56% au niveau national). 

En ce qui concerne l’orientation sexuelle, les jeunes femmes ultramarines sont beaucoup plus nombreuses à témoigner avoir éprouvé une attirance pour des personnes de même sexe au cours de leur vie que les autres catégories.

En Guadeloupe, cela concerne près d’une femme entre 18 et 29 ans sur trois (31%), en Martinique et à La Réunion, c’est environ une femme sur cinq (22% et 20% respectivement) et une femme sur huit (13%) en Guyane. Ces proportions sont néanmoins à nuancer car ne concernent que l'attirance et non les pratiques sexuelles.

Sur les questions de transidentité, les opinions semblent moins tolérantes que sur l’homosexualité, des résultats à nuancer par des taux plus élevés de réponses positives sur la question “vous n’auriez pas de problème à accepter que votre enfant soit transgenre”, avec des disparités entre les territoires (52% des femmes à La Réunion qui ont répondu oui contre 16% des hommes en Guadeloupe). 

Des violences sexuelles plus dénoncées par les jeunes ultramarines

Sur la question des violences sexuelles, l’étude estime qu’en Guyane, Guadeloupe et Martinique, plus d’une femme sur quatre (~28%), tout âge confondu, a déclaré avoir vécu au moins un rapport forcé ou une tentative de rapport forcé, et lègèrement moins à La Réunion (23%). Chez les hommes, ce sont 8,3% parmi eux qui déclarent avoir vécu un viol ou une tentative au cours de leur vie. 

Dans chaque département, les femmes de 18-29 ans sont plus nombreuses à déclarer ces violences sexuelles que leurs aînées, une augmentation qui peut s’expliquer par la meilleure capacité des jeunes à déclarer et à caractériser ces faits que les précédentes générations. 

Auteur

Méwaine Petard
Méwaine Petard

Journaliste-réalisateur réunionnais, Méwaine cherche à raconter le monde changer à travers les personnes et communautés les moins visibles.

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