Événement « Nous en France », festival antiraciste — samedi 13 juin 2026 à la Gaîté Lyrique (Paris). Prendre ma place →

Ebola au Congo : quand les frontières occidentales se ferment sur le dos de l’Afrique

Alors que l’épidémie d’Ebola progresse en RDC, plusieurs pays occidentaux multiplient les restrictions aux frontières et les dispositifs de quarantaine externalisés vers l’Afrique, au risque de transformer la crise sanitaire en crise géopolitique.

Ebola au Congo : quand les frontières occidentales se ferment sur le dos de l’Afrique
STRINGER | Credit: Anadolu via AFP

« Nous ne laisserons pas un seul cas d’Ebola entrer aux États-Unis. » La phrase, prononcée cette semaine par le secrétaire d’État américain Marco Rubio, résume à elle seule le tournant sécuritaire qui accompagne la nouvelle flambée d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC).

Depuis le 15 mai, le pays fait face à sa 17e épidémie d’Ebola. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 1 000 cas suspects et 246 décès ont déjà été recensés, principalement dans la province de l’Ituri, à l’est du pays. L’Ouganda voisin a confirmé plusieurs infections, dont une mortelle. L’OMS a relevé son niveau d’alerte au maximum pour la RDC et parle désormais d’une épidémie qui « dépasse la capacité de réponse » sur le terrain, selon un communiqué publié par l’organisation le 27 mai.

Mais au-delà de l’urgence sanitaire, cette crise révèle aussi un autre phénomène : la tentation de certains pays occidentaux de transformer l’Afrique en zone tampon sanitaire.

Car plutôt que de rapatrier sur leur territoire des ressortissants américains potentiellement contaminés, comme cela se faisait lors des précédentes épidémies, les États-Unis ont choisi une autre stratégie. L’administration Trump prévoit l’installation au Kenya d’un centre de quarantaine destiné aux Américains exposés au virus Ebola en RDC. Une décision qui suscite une vive colère au Kenya.

Le syndicat kényan des médecins dénonce :

« Si c’est trop dangereux pour l’Amérique, alors c’est trop dangereux pour le Kenya ».

Plusieurs organisations de la société civile accusent Washington de vouloir transformer le pays en « colonie de confinement » pour une maladie qui ne s’y trouve pourtant pas.

Le paradoxe choque d’autant plus que les États-Unis ont récemment réduit leur aide au système de santé kényan tout en demandant désormais au pays d’accueillir des patients américains à risque. Officiellement, aucune personne infectée n’a encore été transférée vers le Kenya. Mais la simple annonce du projet a provoqué un débat national et des recours en justice.

Un réflexe sécuritaire

En Europe aussi, le réflexe sécuritaire gagne du terrain. L’Italie de Giorgia Meloni demande désormais à l’Union européenne de renforcer la surveillance de ses frontières pour les voyageurs venant des zones touchées par Ebola. L’Ouganda et le Rwanda ont déjà fermé leurs frontières avec la RDC.

Pourtant, l’OMS répète depuis plusieurs jours que ces restrictions de voyage « n’aident pas » à contenir l’épidémie. Au contraire : elles poussent souvent les populations à emprunter des routes clandestines, compliquant le suivi sanitaire et la détection des cas.

Sur le terrain, la situation congolaise reste explosive. L’est du pays est ravagé par des décennies de conflits armés, entre groupes rebelles et milices armées. Dans plusieurs zones touchées, les infrastructures sanitaires sont quasi inexistantes. Les équipes médicales peinent à accéder aux populations. L’OMS réclame même un cessez-le-feu temporaire pour permettre aux soignants de travailler.

Cette nouvelle épidémie est provoquée par la souche Bundibugyo, une forme rare du virus contre laquelle il n’existe actuellement ni vaccin homologué ni traitement spécifique. Plusieurs essais cliniques ont été lancés en urgence.

Mais derrière la catastrophe sanitaire se dessine aussi une fracture politique mondiale : celle d’un Nord global obsédé par la protection de ses frontières, pendant que les pays africains continuent d’assumer seuls les conséquences humaines, médicales et géopolitiques des crises sanitaires qui frappent le continent.

Auteur

Sara Trabi
Sara Trabi

Journaliste plurimédia avec un oeil sur l’actu internationale et les questions de société. Diplômée en histoire, en relations internationales, et en journalisme, elle collabore avec plusieurs médias dont Le Média où elle y présente des émissions.

Inscrivez-vous aux newsletters de Histoires Crépues.

Restez informé grâce à notre sélection des meilleurs articles.

Veuillez consulter votre boîte de réception et confirmer. Une erreur s'est produite. Veuillez réessayer.

Inscrivez-vous aux newsletters de Histoires Crépues.

Restez informé grâce à notre sélection des meilleurs articles.

Veuillez consulter votre boîte de réception et confirmer. Une erreur s'est produite. Veuillez réessayer.