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En 2027, les quartiers populaires ne veulent plus seulement « faire barrage »

À l’approche de la présidentielle de 2027, une nouvelle initiative citoyenne sera lancée le 30 août à Saint-Denis. « L’Alliance des numéros 10 des quartiers populaires » veut lutter contre l’abstention et l’extrême droite.

Par Sara Trabi 29 août 2026 4 min
En 2027, les quartiers populaires ne veulent plus seulement « faire barrage »

Une nouvelle alliance citoyenne veut faire entendre la voix des quartiers populaires à l’approche de la présidentielle de 2027. Il s’agit de « l’Alliance des numéros 10 des quartiers populaires ». Son lancement officiel est prévu le 30 août à 14 heures, sur le parvis de la gare du RER D à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). 

L’objectif affiché : lutter contre l’abstention et l’extrême droite, mais surtout redonner du poids politique aux habitants des quartiers populaires. Indépendante de La France insoumise, l’Alliance assume néanmoins son soutien à Jean-Luc Mélenchon.

La démarche a également été présentée dans une tribune publiée le 19 août dans Politis, intitulée « Un coup K.O. contre l’abstention et l’extrême droite », dans laquelle les premiers signataires appellent les habitants des quartiers populaires à « ne plus être spectateurs, mais acteurs de [leur] avenir ».

Selon le député LFI Carlos Martens-Bilongo, l’idée est notamment née de sollicitations de personnalités issues de la culture, du sport et du monde associatif qui souhaitaient prendre part à la campagne présidentielle. Avec Bally Bagayoko, il dit avoir participé à plusieurs rencontres avant d’aboutir à une démarche commune.

Une réunion fondatrice s’est tenue le 20 juillet à Sarcelles, précise Carlos Martens-Bilongo, qui affirme y avoir réuni différents profils afin de faire émerger une « volonté commune ».

Le rendez-vous du 30 août doit réunir des habitants mais aussi plusieurs figures engagées, parmi lesquelles la militante antiraciste Assa Traoré. Le monde de la culture sera également représenté avec notamment Dawala, fondateur de Wati B, célèbre label de rap français. Une diversité de profils qui doit permettre à des personnes non-encartées de participer à la campagne politique. Carlos Martens-Bilongo insiste d'ailleurs sur la volonté d'impliquer artistes et sportifs dans la démarche.

Parvis de la gare de Saint-Denis, mars 2026. © Chabe01 / Wikimedia Commons

Le « réveil des quartiers populaires »

Le texte fondateur part d’un constat : depuis plus de vingt ans, les Français sont régulièrement appelés à « faire barrage », tandis que les habitants des quartiers populaires seraient sollicités lors des élections avant d’être oubliés ensuite.

Bally Bagayoko veut ainsi participer à ce qu’il appelle « le réveil des quartiers populaires » : « Si nous, on ne se réveille pas, personne ne va se réveiller pour nous. » L'objectif est que chacun puisse mobiliser depuis son propre milieu, qu’il soit associatif, culturel, sportif ou simplement habitant d’un quartier.

Le nom même de l’Alliance s’inspire du football. Pour Bally Bagayoko, le numéro 10 représente le meneur de jeu, capable d’impulser une dynamique et de rallier autour de lui, à l’image de Zidane, qui fait son grand retour en équipe de France cette année, Mbappé ou Platini.

Une symbolique qui a notamment convaincu Léonie, 41 ans, militante décoloniale vivant dans un quartier du 20e arrondissement de Paris et signataire de la tribune. 

« J’ai beaucoup aimé le fait qu’il y ait le numéro 10. J’aime bien le foot. Les numéros 10, ils sont importants », raconte-t-elle, tout en rappelant que dans une équipe, « le numéro 10 a besoin aussi des autres ».

Pour Léonie, l’enjeu est surtout politique : elle estime que les habitants des quartiers populaires sont trop souvent réduits à une simple « voix électorale ». « Il y a un moment qui est assez criant pour nous, où on doit aussi pouvoir reprendre un pouvoir, et reprendre un vrai pouvoir sur des décisions », explique-t-elle.

Indépendants de LFI, mais derrière Mélenchon

L’Alliance revendique son indépendance vis-à-vis de La France insoumise, malgré la présence de plusieurs personnalités liées au mouvement. Bally Bagayoko assure que LFI ne décide ni de son agenda, ni de ses éléments de langage, ni de son contenu politique.

Carlos Martens-Bilongo affirme de son côté que la majorité des participants ne sont pas membres de LFI : « La démarche, c’est eux-mêmes qui l’ont créée, on l’a créée ensemble », explique-t-il.

Léonie revendique elle aussi cette autonomie : « C’est aussi pour nous permettre de nous organiser entre nous et d'être autonomes. »

Pour autant, le choix électoral est clair : l’Alliance considère Jean-Luc Mélenchon comme « le candidat de gauche le mieux placé » pour battre l’extrême droite.

Des quartiers populaires aux territoires ruraux

La démarche veut également éviter d’opposer quartiers populaires et territoires ruraux. Carlos Martens-Bilongo et Bally Bagayoko ont déjà effectué un premier déplacement à Mirabel-et-Blacons, un village d’environ 1 000 habitants. Le député dit y avoir retrouvé un même « sentiment d’abandon de l’État » et des formes de solidarité proches de celles observées dans les quartiers populaires.

« Les gens ont fait comme si les tours et les bourgs étaient séparés […] alors que ce n’est pas vrai », estime Carlos Martens-Bilongo.

Reste désormais à savoir si ce « réveil des quartiers populaires » parviendra à dépasser les cercles déjà mobilisés, à rapprocher les « tours et les bourgs » et à peser réellement sur la présidentielle de 2027.

Après Saint-Denis, l’Alliance prévoit ainsi une tournée nationale qui passera par Trappes (Yvelines), les Côtes-d’Armor, Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), Creil (Oise), Cergy (Val-d’Oise), Melun (Seine-et-Marne), Marseille (Bouches-du-Rhône), Strasbourg (Bas-Rhin), Toulouse (Haute-Garonne), Villeneuve-d’Ascq (Nord) et Lille (Nord). 

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