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Espagne vs Argentine, le match gauche contre droite ?

Espagne contre Argentine, ou gauche contre droite ? Sur les réseaux sociaux, la finale de la Coupe du monde cristallise les clivages politiques du moment.

Par Sara Trabi 18 juillet 2026 4 min
Espagne vs Argentine, le match gauche contre droite ?

Sur le terrain, il ne s'agit que d'une finale de Coupe du monde. Sur les réseaux sociaux, c'est une tout autre histoire. 

Depuis plusieurs jours, les internautes ne débattent plus seulement du niveau des joueurs ou des choix tactiques. Le soutien à l'Espagne ou à l'Argentine est devenu, pour beaucoup, un marqueur politique. D'un côté, l'Espagne de Pedro Sánchez, associée à la gauche et saluée par une partie des internautes pour son soutien affiché à la Palestine. De l'autre, l'Argentine de Javier Milei, devenue le symbole de la progression de l'extrême droite sur le continent américain.

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Quand la géopolitique s'invite sur le terrain

L'Argentine est loin de faire l'unanimité sur les réseaux sociaux. Depuis le début de la compétition, de nombreuses vidéos virales accusent la FIFA de favoriser l'Albiceleste (surnom donnée à la sélection). Restée invaincue jusqu'à la finale, la sélection argentine est la cible de montages humoristiques laissant entendre que son parcours aurait été facilité par l'instance internationale.

Dans l'un des réels les plus partagés, inspiré du film Les Indestructibles, le président de la FIFA, Gianni Infantino, apparaît comme le grand architecte d'un complot destiné à éliminer les principaux adversaires de Lionel Messi. Les arbitres y sont représentés comme des robots contrôlés à distance, chargés d'écarter les autres favoris de la compétition, notamment la France de Kylian Mbappé.

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Au-delà de ces théories largement relayées sur les réseaux sociaux, d'autres critiques visent directement l'histoire et la société argentine.

Une histoire coloniale remise sur la table

Les débats dépassent largement la politique contemporaine.

Pourquoi la sélection argentine ne compte-t-elle aucun joueur noir ? Cette question revient régulièrement sur TikTok, Instagram ou X. Elle conduit de nombreux créateurs de contenus à revenir sur l'histoire du pays.

Si les massacres des peuples autochtones sont aujourd'hui largement documentés, le sort réservé aux populations afro-argentines demeure beaucoup moins connu du grand public. Plusieurs vidéos virales expliquent comment guerres, maladies, métissage forcé et politiques migratoires privilégiant l'immigration européenne ont transformé la composition démographique de l'Argentine.

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À ces débats historiques s'ajoutent les polémiques récentes autour de chants racistes entonnés par certains supporters ou joueurs argentins, largement relayés sur les réseaux sociaux.

@parismatch Lors du match Cap-Vert-Argentine, des supporters ont été surpris en train de proférer des chants racistes envers le streamer IshowSpeed alors qu’il était en direct. Crédits : @3olé #whattowatch #argentina #ishowspeed #actu #racism ♬ son original - Paris Match

L'ombre de Javier Milei

L'arrivée au pouvoir de Javier Milei en 2023 continue de peser sur l'image internationale du pays. Son positionnement ultralibéral et d'extrême droite, ses prises de position controversées et son rapprochement avec Donald Trump ou encore Benjamin Netanyahou alimentent une partie des critiques formulées contre l'Argentine.

Sa présidence s'inscrit dans une dynamique plus large de progression des droites radicales sur le continent américain, illustrée notamment par l'élection de José Antonio Kast au Chili ou d'Abelardo de la Espriella en Colombie.

Pour de nombreux internautes, soutenir aujourd'hui l'Argentine revient aussi, symboliquement, à soutenir le projet politique incarné par Javier Milei.

Espagne contre Argentine... ou Palestine contre Israël ?

À mesure que la compétition avance, un autre parallèle s'impose dans les commentaires : Espagne contre Argentine serait aussi, symboliquement, Palestine contre Israël.

Pedro Sánchez est devenu l'un des dirigeants européens les plus critiques à l'égard de la politique israélienne génocidaire à Gaza. La reconnaissance de l'État palestinien par Madrid et les nombreuses déclarations du chef du gouvernement espagnol lui valent d'être largement salué dans les sphères militantes pro-palestiniennes.

Au-delà de la position du gouvernement espagnol, certains internautes mettent également en avant le soutien affiché par Lamine Yamal à la Palestine. La star de la Roja (le surnom de la sélection espagnole) est ainsi devenue, pour une partie des supporters, une autre raison de soutenir l'Espagne.

À l'inverse, Javier Milei a considérablement renforcé les liens diplomatiques entre Buenos Aires et Israël depuis son arrivée au pouvoir. Son soutien affiché au gouvernement de Benjamin Netanyahou nourrit les comparaisons entre les deux sélections, bien qu'elles n'aient évidemment aucun lien direct avec les choix diplomatiques de leurs gouvernements.

Le soutien public affiché par Benjamin Netanyahou à l'Albiceleste a d'ailleurs renforcé cette lecture politique chez de nombreux internautes.

Une lecture parfois réductrice

Pour autant, cette opposition entre une Espagne "de gauche" et une Argentine "d'extrême droite" ne fait pas consensus.

Certains journalistes rappellent que l'histoire du football argentin est également marquée par des traditions populaires, ouvrières et anticoloniales. Les premiers clubs de football du pays ont notamment été fondés par des militants anarchistes ou communistes.

Le souvenir de Diego Maradona reste également associé à une forme de résistance à l'impérialisme britannique. Lors de la Coupe du monde 1986, quelques années après la guerre des Malouines, ses deux buts contre l'Angleterre, la célèbre "Main de Dieu" et le "but du siècle", avaient largement dépassé le cadre sportif pour devenir un symbole politique dans une partie de l'Amérique latine.

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Enfin, plusieurs internautes rappellent également que l'Espagne ne peut être présentée comme un modèle en matière d'antiracisme. Son histoire coloniale, les discriminations persistantes et les violences racistes dans le football espagnol font elles aussi l'objet de nombreuses critiques.

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Au fond, la finale Espagne-Argentine illustre surtout une tendance devenue récurrente : les grandes compétitions sportives sont désormais lues à travers le prisme de la géopolitique.

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