Et si la Guadeloupe devenait un pays indépendant ?
Le 24 octobre 2026, 24 personnalités guadeloupéennes ont lancé un appel pour préparer l’indépendance de la Guadeloupe. Leur objectif est de créer un gouvernement provisoire pour proposer un projet pour l’avenir de l’archipel.
Et si la Guadeloupe devenait un pays indépendant ? C’est le projet porté par vingt-quatre personnalités guadeloupéennes dans un appel publié le 24 octobre 2026. Elles souhaitent créer un gouvernement provisoire pour préparer l’indépendance de l’archipel. Pour les signataires, la situation actuelle ne peut plus durer. Ils dénoncent notamment le départ massif de la jeunesse, les difficultés économiques, la dépendance envers la France et les problèmes environnementaux. « L’immobilisme et l’attentisme nous conduisent à notre perte », écrivent-ils dans leur appel.
Un appel pour dépasser les divisions indépendantistes
La lutte pour l’indépendance de la Guadeloupe s’inscrit dans une longue histoire de mobilisations. Depuis plusieurs décennies, différents mouvements politiques défendent le droit des Guadeloupéens à décider eux-mêmes de leur avenir, sans parvenir à construire une unité durable.
« Les organisations ont souvent cherché à faire l’unité pour pouvoir proposer un projet alternatif aux Guadeloupéens. Mais parce que ce sont des organisations politiques et qu’elles ont leur propre agenda politique, elles n’ont pas réussi à faire l’unité », explique Jean-Jacob Bicep, l’un des signataires de l’appel, lors d’un entretien.
Les vingt-quatre signataires souhaitent aujourd’hui dépasser ces divisions. Issus de différentes organisations politiques ou de la société civile, ils se réunissent autour d’un objectif commun : l’indépendance de la Guadeloupe.
Le choix du 24 octobre fait également référence à l’histoire de l’archipel. Le 24 octobre 1801, des officiers guadeloupéens, menés par Joseph Ignace, arrêtent le contre-amiral Lacrosse, représentant du pouvoir français. Un gouvernement provisoire est alors mis en place, avant que Napoléon n’envoie une expédition militaire pour reprendre le contrôle de la Guadeloupe et rétablir l’esclavage en 1802. En choisissant cette date, les signataires inscrivent leur initiative dans la continuité de cet épisode historique.

Un gouvernement provisoire pour préparer l’indépendance
Les signataires ne prévoient pas de déclarer immédiatement l’indépendance de la Guadeloupe. Leur première étape consiste à mettre en place un Conseil national chargé d’organiser le futur gouvernement provisoire. Des groupes de travail devront ensuite réfléchir aux grandes questions économiques, sociales et politiques, notamment à l’organisation des services publics, aux finances ou encore à l’alimentation.
Le projet prévoit également la rédaction d’une Constitution et la création d’une Assemblée populaire.
« Nous allons nous atteler à écrire une Constitution que nous proposerons, bien entendu, au peuple guadeloupéen, qui aura le loisir de l’amender à souhait », précise Jean-Jacob Bicep.
Les signataires défendent déjà les grandes lignes de leur projet politique : une République parlementaire, dirigée par un Premier ministre, avec un Parlement composé d’une seule assemblée.
Pour mener à bien cette transition, ils souhaitent ouvrir des discussions avec l’État français.
« Nous sommes sur la volonté de mener une négociation avec l’État français, une négociation qui aboutira à l’indépendance de notre pays », affirme Jean-Jacob Bicep.
Une campagne internationale est également envisagée afin d’obtenir des soutiens, notamment auprès de l’ONU.
Les réparations pour financer l’indépendance
La question du financement occupe une place centrale dans le projet. Les signataires réclament des réparations à la France pour la colonisation, la traite négrière et l’esclavage, mais aussi pour l’engagisme, qui a notamment conduit des travailleurs indiens en Guadeloupe après l’abolition de l’esclavage.
Ces réparations doivent, selon eux, permettre d’assurer la transition économique vers l’indépendance.
« Nous allons utiliser notre droit aux réparations pour sécuriser notre passage à l’indépendance », explique Jean-Jacob Bicep.
L’objectif est d’éviter que cette transition entraîne de graves difficultés économiques pour la population guadeloupéenne. Le montant des réparations demandées reste à déterminer et devra faire l’objet d’un travail d’évaluation.
Une Guadeloupe tournée vers la Caraïbe
Au-delà de l’indépendance, les signataires souhaitent renforcer les liens de la Guadeloupe avec les autres pays de la Caraïbe. Ils défendent une coopération économique et politique plus importante avec les États voisins, notamment à travers la Communauté caribéenne (CARICOM).
À plus long terme, Jean-Jacob Bicep évoque même la création d’« États-Unis de la Caraïbe », pour réduire la dépendance de la région envers les puissances étrangères. Cette ambition s’accompagne d’une volonté de démilitarisation de la Caraïbe. « Nous voulons que la Caraïbe soit une zone de paix », affirme-t-il, en appelant au départ des forces militaires américaines, européennes, russes et chinoises.
Un projet qui doit encore convaincre
Si les vingt-quatre signataires sont convaincus de la nécessité de l’indépendance, leur initiative doit encore trouver un soutien plus large dans la population.
« Pour l’instant, on ne peut pas dire qu’une majorité de Guadeloupéens ont déjà adhéré à notre appel. Mais nous y travaillons pour que ça devienne très rapidement une réalité », reconnaît Jean-Jacob Bicep.
La diaspora guadeloupéenne pourrait également jouer un rôle important dans ce processus. Présente notamment en France hexagonale, aux États-Unis et au Canada, elle représente pour les signataires une ressource essentielle. Jean-Jacob Bicep souhaite notamment mobiliser les compétences des Guadeloupéens vivant à l’étranger et permettre à ceux qui le désirent de participer à la construction du futur État, qu’ils choisissent ou non de revenir vivre en Guadeloupe.
Pour le moment, aucune date n’a été fixée pour la mise en place du gouvernement provisoire ou l’ouverture des négociations avec la France. Avec cet appel, les vingt-quatre signataires espèrent néanmoins ouvrir une nouvelle étape du mouvement indépendantiste guadeloupéen.
« La Guadeloupe ne sera plus jamais ce que les autres ont décidé pour elle : elle sera désormais, devant l’Histoire, ce qu’elle aura choisi d’être », concluent-ils dans leur texte.
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