Lundi, le rappeur américain Macklemore, soutien de la Palestine depuis des années, a publié sur ses réseaux sociaux un message (traduction en français ici) indiquant son retrait de la tournée états-unienne d'Ed Sheeran, dont il assurait la première partie. Cette décision fait suite à un concert organisé à New York, où Macklemore a dénoncé le genocide israélien à Gaza et a chanté "Free Palestine", une performance qui avait "mis des personnes mal à l'aise", dont la chanteuse Pink et qui, comme il l'explique dans son communiqué, a conduit les propriétaires des stades dans lesquels doit se produire Ed Sheeran à menacer de leur refuser l'accès si l'interprète de Hind's Hall n'était pas dégagé de la tournée.
Au même moment en France, l'ancienne actrice Adèle Haenel prononçait sur France Télévision un discours dénonçant le génocide d’Israël, une séquence qui a été retirée des plateformes après sa diffusion :
“L’État d’Israël commet un génocide en Palestine et la France est complice. N’acceptez pas l’inacceptable, alors sanctionnez Israël et libérez la Palestine.”

À l'approche du troisième anniversaire des attaques du 7 octobre, le monde de la culture se montre encore divisé sur la question palestinienne.
Si déplorer les 1200 morts Israéliens lors des attaques du Hamas n'est jamais remis en cause, apporter son soutien aux 73 000 Gazaoui.e.s tué.e.s en l'espace de deux ans, sans compter les blessé.e.s et les Palestinien.ne.s sous occupation en Cisjordanie, ne fait pas l’unanimité et peut condire à des répercussions sur la carrière des artistes. Qu’on apprécie leur travail ou non, les voir perdre des opportunités de se produire ou d’avoir des séquences effacées comme dans le cas d’Adèle Haenel, pour avoir exprimé leur soutien au peuple palestinien, alerte sur les restrictions à la liberté d’expression et à une possible (auto)-censure.
Pourtant, depuis la signature d'un cessez-le-feu - violé à de nombreuses reprises - en octobre 2025, les nouvelles sur la Palestine ont peu à peu déserté les bulletins d'information. Mais une partie du monde de la culture continue d’exprimer leur soutien, à l’image de la tribune signée par 130 artistes, dont Theodora, Médine ou Ebony, parue lundi dans le magazine Mosaïque.
“Le milieu de la musique doit également, et plus que jamais, jouer sa partition dans le soutien à la Palestine”.

Ce soutien n’est cependant pas unanime et les personnalités médiatiques hésitent parfois à exprimer leur opinion sur la situation en Palestine, craignant des répercussions sur leur carrière. Depuis octobre 2023, les amalgames entre antisémitisme et critiques contre l’État israélien ou le sionisme se sont multipliés, parfois avec l’assentiment de la presse grand public. La simple mention de la Palestine ou d’Israël peut conduire des personnalités publiques à se retrouver, parfois malgré elles, dans des tourbillons médiatiques, comme lorsque l’influenceuse Lena Situations a été prise à partie par la députée Caroline Yadan, après s’être désabonnée de Gisèle Journo, directrice d’une agence d’influenceurs ayant partagé des vidéos de l’armée israélienne.
Mais ces polémiques dans le monde de la culture ne doivent pas éclipser la situation en Palestine. Comme l’a dit Macklemore : “Qui fait le buzz sur Internet, qui est victime d’un ‘cancel’, qui a le droit de se produire dans un stade et qui n’y a pas le droit… Tout cela semble tellement insignifiant face à ce dont nous sommes réellement témoins à Gaza et en Cisjordanie”. Depuis le cessez-le-feu de 2025, plus de 1 200 Palestinien.ne.s ont été tué.e.s et la population gazaouie subit une crise humanitaire profonde. En Cisjordanie, les colonies illégales continuent de prospérer avec l’assentiment du gouvernement israélien.
Au-delà du génocide à Gaza, ces trois dernières années ont montré à quel point la Palestine s’est durablement ancrée dans le débat public, et que le sort des Palestinien.ne.s continue de toucher les artistes et leur audience. Mais le soutien ne s’arrête pas aux dénonciations des crimes commis par Israël ou aux partages de cagnotte humanitaire, il concerne également le relai des histoires et créations de la population palestinienne, comme le rappelle le manifeste de Mosaïque :
“Il faut donc faire toute la place à la création palestinienne dans les festivals, les featurings, les programmations, les playlists et les radios de la scène française, francophone et internationale. C’est ainsi que le grand public connaître autre chose que les images de destruction et de désolation, et trouvera de nouvelle façons d’exprimer son soutien : en assistant à un concert, en s’offrant un disque ou en streamant une playlist”.
Ces dernières années, une nouvelle génération d’artistes d'origine palestinienne a connu un succès mondial, notamment Saint-Levant, Elyanna, Mc Abdul et tant d’autres. La musique et la culture au sens large sert ainsi à relayer la cause palestinienne à un large public, mais c'est également une victoire symbolique pour une population longtemps déshumanisée par l'Occident de se raconter selon ses propres termes.
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