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L’UE coopère avec les talibans pour expulser des migrants

Condamner les talibans d’un côté, négocier avec eux de l’autre. C’est le paradoxe auquel se confronte aujourd’hui l’Union européenne. Pour accélérer les expulsions de migrants, Bruxelles envisage un rapprochement avec Kaboul, quitte à brouiller son discours sur la défense des droits fondamentaux.

Par Sara Trabi 02 juin 2026 2 min
L’UE coopère avec les talibans pour expulser des migrants

Crédits : Associated Press

Expulser vers un pays dirigé par un régime que l’on refuse officiellement de reconnaître ? L’Union européenne semble prête à franchir ce pas. Le 26 mai, les députés européens ont approuvé, par 389 voix contre 206 et 32 abstentions, l’ouverture de négociations sur les procédures de retour des personnes en situation irrégulière. 

Porté par les eurodéputés de droite et d’extrême-droite, les “hubs de retour” figurent parmi les mesures les plus controversées de la réforme.

L’externalisation des frontières en marche

Alors que Bruxelles s'apprête à durcir considérablement sa politique migratoire, une information est presque passée inaperçue : des responsables talibans ont récemment été invités dans la capitale européenne pour discuter du retour de migrants. Une initiative qui illustre un virage sécuritaire de plus en plus assumé.

Depuis plusieurs mois, l'Union européenne travaille sur une vaste réforme de sa politique de retour des personnes en situation irrégulière. Aujourd'hui, selon les institutions européennes, seulement 20 % des décisions de renvoi sont effectivement exécutées. Pour les partisans anti-immigration, ce chiffre symboliserait l'impuissance de l'Europe à contrôler ses frontières.

La réforme en discussion prévoit plusieurs mesures controversées. Parmi elles, la création de « hubs de retour », des centres situés hors de l'Union européenne où pourraient être envoyées des personnes déboutées de l'asile. Le Rwanda, l'Ouganda ou encore l'Ouzbékistan figurent parmi les destinations évoquées. Les gouvernements italien, allemand, autrichien ou danois poussent activement ce projet.

Le texte prévoit également un renforcement des sanctions contre les personnes refusant de quitter le territoire européen : confiscation de documents d'identité, prolongation des périodes de détention, interdictions d'entrée pouvant atteindre vingt ans (contre cinq actuellement) , voire expulsions avant même l'examen définitif de certains recours.


Des « hubs de retour » à Kaboul ?

La semaine dernière, l'Union européenne a confirmé avoir reçu une délégation de responsables talibans afin d'évoquer les modalités de renvoi de migrants vers Kaboul. Une décision qui choque de nombreuses organisations de défense des droits humains.

Depuis leur retour au pouvoir en août 2021, les talibans ont progressivement restreint les droits des citoyens et notamment des femmes dans l'espace public : interdiction de nombreuses professions, restrictions à l'éducation, limitations drastiques des libertés individuelles. Plusieurs organisations internationales qualifient désormais cette politique d'apartheid de genre. Le Parlement européen lui-même avait appelé à l'interdiction de voyage pour les dirigeants talibans.

Pourtant, malgré ce contexte, les États européens cherchent de plus en plus à établir des canaux de coopération avec Kaboul pour faciliter les expulsions. Une contradiction difficile à ignorer : d'un côté, les dirigeants européens dénoncent régulièrement les violations des droits humains commises par les talibans ; de l'autre, ils envisagent de collaborer avec eux pour renvoyer des exilés.

À gauche du Parlement européen et dans les ONG, les critiques se multiplient. Amnesty International dénonce un projet qui risque d'accroître les violations des droits fondamentaux et d'exposer davantage de personnes à des situations de danger. Pour ses opposants, cette réforme marque surtout une nouvelle étape dans l'externalisation des frontières européennes : éloigner les migrants, même lorsque cela implique de traiter avec des régimes autoritaires.

— Sara Trabi