Plus de 500 artistes réclament la libération du rappeur Mehdi Black Wind
Le rappeur et réalisateur marocain El Mahdi Lyoubi, plus connu sous son nom de scène Mehdi Black Wind, est détenu au Maroc depuis le 13 juillet. Un comité de soutien baptisé Free El Mahdi dénonce une arrestation arbitraire et appelle à sa libération.
Plus de 500 artistes marocains et internationaux ont signé une tribune publiée le 14 juillet dans Mediapart pour demander la « libération immédiate » du rappeur et réalisateur marocain El Mahdi Lyoubi, plus connu sous le nom de scène Mehdi Black Wind, détenu depuis le 13 juillet au Maroc. Parmi les signataires français figurent notamment l’actrice Adèle Haenel et le rappeur Fianso.
Dans cette tribune, les signataires dénoncent une arrestation « arbitraire » et alertent sur un recul de la liberté d’expression au Maroc. Ils estiment que l’artiste serait visé en raison de ses prises de position publiques et que son arrestation s’inscrit dans une série de poursuites visant des journalistes, artistes et militants critiques du pouvoir.
L’organisation Human Rights Watch a aussi appelé les autorités marocaines à libérer Mehdi Black Wind.
Mehdi Black Wind, une figure du rap engagé marocain
Né à Salé en 1992 et installé à Marseille depuis 2017, El Mahdi Lyoubi s’est fait connaître au début des années 2010, dans le contexte post-Printemps arabe, grâce à un rap engagé en darija (dialecte marocain) où il aborde les inégalités sociales et la corruption, entre autres.
Parallèlement à sa carrière musicale, il s’est tourné vers le cinéma et préparait son premier long métrage documentaire consacré à la liberté d’expression, un projet soutenu en 2025 par le Fonds arabe pour les arts et la culture (AFAC).
Une arrestation aux motifs encore flous
Le 10 juillet, alors qu'il s'apprêtait à regagner Marseille après un séjour consacré au tournage de son documentaire, El Mahdi Lyoubi est empêché d'embarquer à l'aéroport de Rabat-Salé. Trois jours plus tard, il est convoqué par la Brigade nationale de la police judiciaire à Casablanca, une unité qui traite d’affaires de terrorisme, selon Human Rights Watch, avant d'être placé en garde à vue.
Selon son comité de soutien, ses proches n'ont été informés que plusieurs heures plus tard de son placement en détention.
Les autorités marocaines n’ont pas communiqué publiquement les chefs d’accusation retenus contre lui. Son comité de soutien affirme toutefois que l’un des chefs évoqués serait « l’incitation au délit » et estime que cette procédure serait liée à ses prises de position publiques liées à son soutien au mouvement GenZ 212, un mouvement de contestation porté par une partie de la jeunesse marocaine.
Le mouvement GenZ 212 dans le viseur
El Mahdi Lyoubi avait notamment relayé certaines de leurs revendications sur les réseaux sociaux, selon son comité de soutien.
Le mouvement GenZ 212 est né en 2025 après le décès de huit femmes à l’hôpital public Hassan-II d’Agadir, à la suite de césariennes. Cette tragédie a amplifié une colère déjà présente autour de la dégradation des services publics, notamment dans les secteurs de la santé et de l’éducation. Organisé d’abord en ligne via Discord, le collectif s’est ensuite mobilisé dans plusieurs villes marocaines.
Après plusieurs semaines de manifestations à l’automne 2025, le mouvement GenZ 212 s’est progressivement essoufflé. Les militants l’expliquent notamment par la répression judiciaire et policière : près de 5700 personnes avaient été arrêtées et plus de 2 400 personnes ont été poursuivies après les mobilisations, dont des centaines placées en détention.
Présenté devant le parquet le 15 juillet, le rappeur et réalisateur marocain a été transféré à la prison d'Oukacha, à Casablanca, dans l'attente de son procès prévu le 22 juillet afin de lui permettre de préparer sa défense. L’audience intervient dans un contexte marqué par une grève des avocats au Maroc, qui pourrait compliquer l’accès à une défense équitable pour El Mahdi Lyoubi.
L’arrestation de Mehdi Black Wind intervient également dans un contexte marqué par d’autres affaires visant des voix critiques.
Le journaliste Ali Lmrabet a été interpellé le 12 juillet à Tanger avant d’être libéré trois jours plus tard après une mobilisation internationale. En juin, la distributrice de films et militante du collectif GenZ 212, Zineb Kharroubi, a quant à elle été condamnée à six mois de prison avec sursis pour « incitation à commettre des crimes ou délits par voie électronique ».
À quelques jours du procès de Mehdi Black Wind, plusieurs rassemblements de soutien sont organisés au Maroc, en France et à l’international, afin de demander sa libération.
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