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Pourquoi la visite de Pedro Sánchez en Algérie pourrait être à l'origine de la crise migratoire à Ceuta ?

Plus de 50 000 personnes auraient rejoint l'enclave espagnole de Ceuta ce vendredi 31 juillet. Si la crise sociale au Maroc explique en partie ces départs, ce pic d’arrivées pourrait aussi être un moyen de pression diplomatique de Rabat après la visite de Pedro Sánchez en Algérie.

Par Sara Trabi 31 juillet 2026 3 min
Pourquoi la visite de Pedro Sánchez en Algérie pourrait être à l'origine de la crise migratoire à Ceuta ?

MISE À JOUR. Le ministère espagnol de l'Intérieur affirme que plus de 48 000 personnes ont déjà été renvoyées au Maroc. En début d'après-midi, il indiquait que les départs de Ceuta se poursuivaient à un rythme d'environ 150 personnes par minute.

Depuis plusieurs jours, des milliers de personnes tentent de rejoindre Ceuta, une enclave espagnole située sur la côte nord du Maroc, notamment à la nage. 

Sous administration espagnole depuis plusieurs siècles, l'existence de cette enclave s'inscrit dans l'histoire de l'occupation coloniale espagnole en Afrique du Nord, et le territoire est toujours revendiqué par le Maroc.

Les autorités espagnoles avaient d’abord annoncé environ 1 500 arrivées, avant d’évoquer près de 49 000 personnes ce vendredi 31 juillet. Le président de Ceuta, Juan Jesús Vivas (droite conservatrice) avance, lui, le chiffre de 60 000. Des estimations très divergentes, qui doivent encore être confirmées.

La crise a déjà fait près de soixante morts, principalement noyés. Face à l’ampleur des arrivées, Madrid a envoyé l’armée en renfort de la garde civile. Pedro Sánchez, qui s’est rendu à Ceuta vendredi 31 juillet, a dénoncé une « violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne ».

La visite de Pedro Sánchez en Algérie en cause ?

Plusieurs observateurs voient dans cette nouvelle crise un épisode de tensions diplomatiques entre Madrid et Rabat. D'après le quotidien espagnol El País, qui cite des sources des services de renseignement espagnols, le Maroc aurait volontairement réduit les contrôles à la frontière de Ceuta après la visite du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez en Algérie, le 20 juillet. 

Ce déplacement visait à sceller la réconciliation entre Madrid et Alger après quatre années de brouille diplomatique, provoquée en 2022 par le soutien de l’Espagne au plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental. Les deux pays souhaitaient également relancer leur coopération économique et énergétique, notamment augmenter les approvisionnements espagnols en gaz algérien.

Auprès de Mediapart, la chercheuse Elsa Tyszler, spécialiste des politiques migratoires, estime que ce déplacement a pu contribuer à provoquer ce pic exceptionnel de passages.

Selon elle, les frontières de Ceuta et Melilla sont devenues, au fil des années, des instruments de négociation diplomatique entre l’Espagne et le Maroc. Lorsque Rabat désapprouve une décision de Madrid, il peut relâcher les contrôles frontaliers afin d’exercer une pression politique.

Une stratégie déjà utilisée en 2021
Ce ne serait pas une première. En mai 2021, près de 8 000 personnes avaient rejoint Ceuta après que l'Espagne eut accueilli Brahim Ghali, dirigeant du Front Polisario, pour des soins médicaux. Le Maroc avait alors été accusé d'avoir utilisé les personnes migrantes comme moyen de pression dans le conflit autour du Sahara occidental. 

Cette situation est aussi la conséquence de la politique d'externalisation menée par l'Union européenne depuis les années 1990. En échange d'importants financements européens (234 millions d’euros entre 2015 et 2021), le Maroc participe au contrôle des départs vers l'Europe. Mais cette délégation donne également à Rabat un important levier diplomatique.

Une tragédie instrumentalisée par l'extrême droite

Au-delà du bras de fer diplomatique entre Rabat et Madrid, cette crise nourrit également les discours anti-immigration. Les images des arrivées à Ceuta ont rapidement été reprises par plusieurs responsables politiques de droite et d'extrême droite en Espagne, en France ou encore en Italie pour dénoncer une prétendue « invasion migratoire ». 

Pour la journaliste et militante Chaimaa Boukharsa, ces crises ne servent pas uniquement à exercer une pression diplomatique sur l’Espagne. Elles alimentent également un climat d’incertitude, de racisme, d’islamophobie et de haine contre les Marocains. Elle inscrit aussi cette stratégie dans une lecture politique plus large des convergences entre le pouvoir marocain, les droites européennes et le gouvernement israélien.

Au final, les premières victimes restent les personnes migrantes elles-mêmes. Plusieurs dizaines d'entre elles ont déjà perdu la vie en tentant de rejoindre Ceuta, tandis que des milliers d'autres se retrouvent prises dans un bras de fer diplomatique qui les dépasse.

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