Qui est Reza Pahlavi, le fils du Shah qui veut revenir au pouvoir en Iran ?

L’héritier de la dernière dynastie royale iranienne, en exil depuis 1979, se présente comme l’un des principaux opposants à la République islamique. Soutenu par Israël et les Américains, il incarne aussi les tentatives d’influence occidentale sur l’avenir politique de l’Iran.

Qui est Reza Pahlavi, le fils du Shah qui veut revenir au pouvoir en Iran ?
Table des matières

« Il est parti. Il est revenu. » Dans les années 1980, le journaliste Ryszard Kapuściński écrivait Le Shah, une enquête dans laquelle il tentait de comprendre ce qui a provoqué la chute du Shah d’Iran. Il y analysait comment l’ayatollah Ruhollah Khomeini avait réussi à s’imposer.

Près de cinquante ans plus tard, alors que de nombreux Iraniens contestent la République islamique — dont les ayatollahs Ruhollah Khomeini et Ali Khamenei sont les figures de proue — et dénoncent la dégradation des conditions économiques et sociales, un autre Shah tente de se faire une place dans le débat sur l’avenir du pays. À une différence près : il ne s’agit pas de l’ancien monarque Mohammad Reza Pahlavi, mais de son fils, Reza Pahlavi.

Reza Pahlavi prenant la parole lors d’un événement organisé par le Centre de pensée politique et de leadership de l’Arizona State University à Tempe (Arizona, États‑Unis), le 16 octobre 2015. Photo : Gage Skidmore (credited to Gage Skidmore / Wikimedia Commons)

Si ce dernier ne bénéficie pas d’un soutien populaire massif, son omniprésence médiatique interpelle. Il sollicite régulièrement l’appui de Donald Trump et des États-Unis, un recours qui évoque à la fois l’impérialisme et la persistance de l’influence occidentale sur l’Iran.

Historiquement, l’indépendance iranienne et le Shah semblent presque antinomiques. Dès le début du XXe siècle, le régime du Shah s’est imposé grâce au soutien britannique. 

En 1925, Reza Shah Pahlavi accède au pouvoir et fonde la dynastie Pahlavi. En échange d’un pouvoir quasi absolu, les Britanniques obtiennent des droits sur le pétrole iranien.

Sous le règne de Reza Shah Pahlavi, le pays connaît une modernisation rapide, comparable à celle engagée par Mustafa Kemal Atatürk en Turquie. Il met en place de vastes projets d’infrastructures, réforme le système judiciaire et l’éducation en s’inspirant de modèles occidentaux, et cherche à limiter l’influence du religieux dans la société. Mais cette transformation s’opère souvent de façon autoritaire, alimentant un mécontentement à la fois populaire et religieux. Comme le souligne Ryszard Kapuściński, un fossé grandissant se creuse entre le pouvoir du Shah et la population.

À son abdication en 1941, à cause de pressions extérieures liées à la Seconde Guerre mondiale, son fils Mohammad Reza Pahlavi lui succède. Âgé de seulement 22 ans, il n’est pas encore en mesure de diriger pleinement le pays. Dans ce contexte, une large partie de la population iranienne est séduite par le personnage et les idées de Mohammad Mossadegh, qui devient Premier ministre de l’Iran entre 1951 et 1953. 

À ce poste, Mossadegh porte des réformes ambitieuses telles que la nationalisation de l'industrie pétrolière iranienne ou encore la mise en place d’une Sécurité sociale. Bien qu’il ne se soit jamais revendiqué communiste, le climat de la guerre froide contribue à son renversement.

En 1953, Mohammad Reza Pahlavi consolide son pouvoir grâce au soutien de la CIA et des services secrets britanniques (MI6) dans le cadre de l’Opération Ajax. Cette opération inclut le financement de manifestations pour donner l’impression d’un soutien populaire au Shah, tout en préparant un appui militaire.

Le 34e Président des États-Unis Dwight D. Eisenhower et Mohammad Reza Pahlavi, Shah d'Iran (PBS)

S’il poursuit la politique de modernisation de la société iranienne amorcée par son père — notamment à travers  la “Révolution Blanche”, qui regroupe des réformes économiques et rurales, des améliorations des infrastructures sanitaires ainsi que des mesures en faveur des droits des femmes —, son pouvoir se caractérise également par un autoritarisme marqué. Il instaure notamment une police secrète, la SAVAK (Organisation pour le renseignement et la sécurité nationale), chargée de réprimer et de torturer les opposants. Dans son enquête, Ryszard Kapuściński décrit en détail les méthodes de répression du régime de Mohammad Reza Pahlavi et la manière dont il verrouille le pouvoir.

Emblème des services secrets iraniens SAVAK, 1957-1979

Aujourd’hui, toute tentative de remettre le Shah au centre du jeu politique ne peut être considérée comme neutre. Elle s’inscrit dans un contexte historique plus large, marqué par la longue ingérence étrangère dans les ressources et la souveraineté de l’Iran, et par le risque d’un retour à une monarchie étroitement liée à ces influences extérieures. 

Historiquement, le régime du Shah a été fortement critiqué pour sa proximité avec les États-Unis, qui avaient assuré son maintien au pouvoir et lui apportaient un soutien continu, en échange d’un contrôle occidental sur le pétrole iranien. Un contrôle qu’elle perdit en partie, lorsque Mossadegh fut porté par les électeurs au poste de premier ministre en 1951. Parmi les décisions les plus importantes lors de sa prise de fonction figure la nationalisation de l’industrie pétrolière iranienne, sous contrôle britannique depuis 1913. 

Une nationalisation qui s’ensuivit d’une crise internationale majeure, la « crise d’Abadan », marquée par l’instauration d’un blocus économique et le boycott du pétrole iranien par le Royaume-Uni. Dans l’incapacité de fournir son pétrole à d’autres pays, l’Iran connaît alors une grave crise économique. Une crise qui atteint un point culminant lorsque l’Opération Ajax est mise en place et que Mossadegh est renversé. Le pouvoir du Shah renforcé, le contrôle du pétrole iranien fait l’objet d’une nouvelle organisation, plus favorable aux intérêts occidentaux. 

Ces multiples ingérences de puissances occidentales ont suscité d’importantes contestations au cours du XXe siècle, mais surtout une méfiance durable vis-à-vis de l'interventionnisme américain, comme en témoignent les événements de la fin des années 1970, notamment la prise de l’ambassade des États-Unis, du 4 novembre 1979 au 20 janvier 1981. Une méfiance sur laquelle s’est largement appuyée la République Islamique à partir de 1979, mais qui pourrait être remise en cause en 2025 par l’éventuel retour d’un autre Shah.

Photo de la famille royale Pahlavi.

Exilé à Washington depuis la révolution de 1979, le fils du dernier Shah, Reza Pahlavi, se présente aujourd’hui comme une alternative pour accompagner la transition critique que traverse le pays, même si cette perspective reste contestée.

Cette envie de retour au pouvoir, il l’a préparée avec minutie pendant des décennies. 

Dès 1986, il annonce à la télévision son intention de revenir sur la scène politique et cherche à s’assurer le soutien d’alliés étrangers, notamment d’Israël et des États-Unis, un soutien capital et historique. 

Au fil des années, Reza Pahlavi a régulièrement affiché sa proximité avec le gouvernement de Benjamin Netanyahu. Récemment encore, il a refusé de condamner les frappes israéliennes visant l’Iran, estimant qu’elles ciblaient avant tout les structures du régime en place.

Rencontre entre Benyamin Netanyahou et Reza Pahlavi (X)

Bien qu’il ne bénéficie pas d’un appui populaire total en Iran, il entretient une présence régulière dans les médias occidentaux, rencontre des responsables israéliens et des acteurs politiques américains et européens, et s’adresse à la diaspora iranienne sur laquelle il espère s’appuyer. Parallèlement, il adopte une stratégie de forte visibilité sur Internet, produisant du contenu destiné à critiquer la République islamique.

Toutefois, selon une enquête conjointe des médias Haaretz et TheMarke , se basant notamment sur les travaux du Citizen Lab (Université de Toronto), cette visibilité en ligne s'inscrit aussi dans une dynamique en partie construite et amplifiée. L’enquête évoque l’existence d’une campagne numérique d’envergure, soutenue et financée par Israël, visant à façonner l’idée d’un retour de la monarchie en Iran et à promouvoir la figure de Reza Pahlavi comme alternative politique.

Sans présenter de programme détaillé, il prépare son initiative, l’« Iran Prosperity Project » , et a tenté en 2023 de former une coalition avec des figures de l’opposition iranienne basées à l’étranger. Cependant, dans un contexte où la République islamique a consolidé son pouvoir en discréditant systématiquement ses opposants en les accusant d’être liés à des puissances étrangères, Reza Pahlavi peine à faire consensus. Si des manifestations pro-monarchistes se tiennent, notamment en Europe, une part importante des Iraniens continue de revendiquer une transition démocratique souveraine, comme l’a illustré en 2022 le mouvement « Femme, Vie, Liberté » déclenché après la mort de Mahsa Amini. Selon un sondage réalisé en 2018 , un parti monarchiste ne recueillait d’ailleurs qu’environ 20 % des intentions de vote en Iran. 

Auteur

Samuel Fergombé
Samuel Fergombé

Journaliste, fondateur de Sumo Prod et créateur de la chaîne YouTube "L'étincelle média"

Inscrivez-vous aux newsletters de Histoires Crépues.

Restez informé grâce à notre sélection des meilleurs articles.

Veuillez consulter votre boîte de réception et confirmer. Une erreur s'est produite. Veuillez réessayer.

Read more

Inscrivez-vous aux newsletters de Histoires Crépues.

Restez informé grâce à notre sélection des meilleurs articles.

Veuillez consulter votre boîte de réception et confirmer. Une erreur s'est produite. Veuillez réessayer.