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À Mayotte, le combat des associations contre les violences sexuelles sur mineurs

Depuis 2018, l’association Haki za Wanatsa (“les droits des enfants” en shimaoré) recueille les témoignages de victimes et mène des actions de terrain, en dépit des tabous culturels et de la faiblesse des services de l’État.

Par Méwaine Petard 16 juin 2026 4 min
À Mayotte, le combat des associations contre les violences sexuelles sur mineurs

L'association Haki Za Wanatsa ("droits de l'enfant" en shimaoré) oeuvre depuis 2018 à la lutte contre les violences faites aux femmes et en enfants, à travers de nombreuses actions.

101e département, Mayotte fait rarement les gros titres de la presse en dehors des sujets d’immigration clandestine ou des catastrophes naturelles, à l’image du cyclone Chido fin 2024 où le bilan officiel - contesté sur place - fait état de 40 décès et 41 disparitions. 

On parle beaucoup moins des violences sexistes, sexuelles et intrafamiliales sur l’île. Pourtant, Mayotte est particulièrement touché par ce fléau, avec un taux d’inceste une fois et demie supérieur aux estimations nationales. Dans ce département où la moitié de la population a moins de 18 ans et où la précarité touche une large proportion de la population, la lutte contre les violences faites aux mineur.e.s est d’autant plus importante, mais les carences institutionnelles sont telles que 45 % des plaintes seraient classées sans suite. 

Sur place, tout un réseau d’acteurs s’est organisé depuis plusieurs années pour documenter ces violences, mettre en place des actions et interpeller les pouvoirs publics. 

C’est le cas de l’association Haki Za Wanatsa (HZW), rattachée au Collectif CIDE (Commission Internationale des Droits de l’Enfants) regroupant une trentaine d’associations dans tout le pays, qui agit depuis 2018 pour la promotion des droits de l’enfant et des droits des femmes sur l’île. Malgré l’ampleur de ce fléau, des avancées sont à noter.  

Les données existent. Ce qui manque, c’est la volonté politique”  

À travers sa campagne de sensibilisation #Wamitoo, adaptation locale du mouvement #MeToo (le terme shimaore “wami” signifiant “moi” est repris à côté du too anglophone), le collectif a permis de collecter des données sur les violences sexistes et sexuelles, comprenant les violences sur mineur.e.s et les cas d’inceste. 

Basée sur un questionnaire anonyme, relayé sur toute l’île et accompagné d’une campagne médiatique lors de son lancement en 2021, l’enquête Wamitoo a recueilli 544 contributions la première année. 

Parmi les répondant.e.s, 35% ont déclaré avoir été victimes d’agression sexuelle (soit plus de 190 d’individus) et 11% (60 individus) ont indiqué ne pas savoir. Parmi les personnes ayant répondu avoir subi une agression, près de la moitié (45%) indiquait que l’auteur.e des faits était un membre de leur famille, et plus d’un cinquième (22%) par une personne qu’il/elle connaissait.

En décembre 2025, une délégation de jeunes Mahorais.es encadrée par le collectif Haki Za Wanatsa-CIDE a été reçue dans plusieurs administrations à Paris pour parler de défense des droits de l'enfant et à la lutte contre les violences. (©Haki Za Wanatsa)

Auditionnée à l’Assemblée Nationale par la commission d’enquête parlementaire consacrée au traitement judiciaire de l’inceste en février dernier, la directrice fondatrice de l’association, Lydia Barneoud, a pu exposer des chiffres édifiants, montrant que les problèmes sont identifiés  : 

L’âge médian est de 17 ans sur notre territoire, contre 41 ans dans l’Hexagone. Il y a deux fois plus d’enfants par femme et 30 % de mineurs hors système scolaire, soit 15 000 mineurs non scolarisés. Depuis Chido, 90 % de la population vit sous le seuil de pauvreté – contre 80 % avant. Le revenu médian est sept fois inférieur à celui du niveau national, le taux de chômage cinq fois supérieur, tandis que 28 % des logements sont sans eau courante. Une femme sur quatre en âge de travailler est une mère isolée en grande précarité. On compte douze fois plus de naissances de mères mineures, trois fois plus d’IVG sur mineures, deux fois plus de mortalité infantile, une fois et demie plus de renoncements aux soins, cinq fois moins de psychiatres, deux fois plus de syndromes dépressifs et 50 % de psychotraumas observés après Chido.”

Depuis le scandale causé suite à la mort de la petite Lyhanna et la réaction du ministre de la Justice, Gérald Darmanin, les défaillances du système judiciaire et l’insuffisance de moyens ont été exposés, des problématiques déjà relevées à Mayotte :   

“350 victimes admises chaque année aux urgences pour agression sexuelle, dont 40 seulement orientées vers l’Unité Médico-Judiciaire, soit 89% de déperdition, jusqu’à 33 heures d’attentes pour viol aux urgences”, a exposé Lydia Barneoud devant la commission parlementaire.  

Des avancées significatives dans la lutte contre les violences à Mayotte

Campagne de sensibilisation menée par l'association HZW et le collectif CIDE contre les violences sexuelles sur mineur.e.s à Mayotte

Malgré des chiffres alarmants et l’insuffisance des services de l’État, l’association se réjouit de réussites dans le département. 

Alors que la question de l’inceste et des violences intrafamiliales reste très tabou, une libération de la parole s’est opérée depuis plusieurs années. Même s’ils restent rares, quelques témoignages publics, comme celui d’Elina (attention : contenus sensibles), ont offert une nouvelle visibilité médiatique aux personnes victimes d’abus. 

Haki Za Wanatsa est également très active dans le milieu scolaire et sur les questions d’Éducation à la Vie Affective, Relationnelle et Sexuelle, une stratégie payante dans le département le plus jeune de France : “L’âge médian à Mayotte est de 17 ans” rappelle Lyne Boudeau, interrogée par Histoires Crépues, “en une génération, on peut voir de vrais changements dans les mentalités.

Autre avancée majeure : la signature d’une charte de l’engagement contre les violences sexuelles faites aux personnes mineures, signée par les représentants les plus importants de l’État dans le département, à savoir : le Préfet, le Vice-président du Conseil départemental, le Recteur, le Président du Tribunal Judiciaire ou encore le Directeur de la Police nationale. 

Au-delà du volet En plus de la lutte contre les violences, l’association s’est également saisie des questions de santé mentale chez les jeunes en offrant des outils, dont une cellule de soutien psychologique, ainsi qu’en proposant des projets collectifs et artistiques.