Agriculture : les Outre-Mer face aux défis de la Souveraineté alimentaire
Après des années de monocultures destinées à l'exportation, un résidu de la colonisation, les départements et territoires d'Outre-Mer se tournent vers des plans de souveraineté alimentaire pour limiter le recours aux importations, responsables en grande partie de la vie chère.
Samedi 21 février s’est ouvert le 62e Salon International de l’Agriculture à la Porte de Versailles. Si cette édition se déroule sans les traditionnelles vaches, en raison de la crise de dermatose, les territoires ultramarins - une autre tradition du salon - ont répondu présents avec leurs stands débordant de spécialités locales.
Mais l’agriculture dans les Outre-Mer ne se résume pas qu’à la production de rhums, bananes ou canne à sucre. Depuis quelques années, la question de la souveraineté alimentaire se pose dans ces régions éloignés de l’Hexagone et du marché agricole européen.
Malgré l’annonce en 2023 du président Emmanuel Macron de plan d’autonomie alimentaire dans les Outre-Mer à l’horizon 2030, les DROM sont encore largement tributaires de l’économie de monocultures. Héritage de la colonisation, les terres agricoles dans ces territoires concentrent des cultures de bananes, ananas et cannes à sucre, destinées à l’exportation et qui concentrent à elles-seules les trois quarts des subventions de l’Union européenne, d’après un rapport de l’association Terres de lien.
Ces monocultures sont une des causes directes de la forte dépendance envers les importations dont se trouvent actuellement les territoires d’outre-mer, 70% des produits alimentaires consommés selon l’ADEME. Les scandales sanitaires, à l'image du Chlordécone, utilisé dans les bananeraies aux Antilles, a aggravé ce recours aux importations, la population locale ne faisant pas confiance aux fruits et légumes locaux par peur de la pollution.

Des importations au service de monopoles
Le recours obligatoire aux importations conduit à des situations de quasi-monopoles, avec une poignée d’acteurs détenant la plupart des enseignes de distribution. Le distributeur le plus connu et le plus puissant dans les DROM n’est autre que le Groupe Bernard Hayot, actuellement visé par une enquête du Parquet national financier pour “escroquerie en bande organisée”, “abus de position dominante” et “entente”, et a régulièrement été pointé du doigt comme l'une des causes principales de la vie chère, avec des paniers moyens.
Malgré ces chiffres alarmants, certains des DROM présentent des résultats encourageants en termes de souveraineté alimentaire. À La Réunion, 70% des fruits et légumes et 38% des viandes achetées sur place en 2023 venaient de l’agriculture locale. Ces chiffres sont néanmoins à relativiser dans le contexte de cyclones et autres aléas climatiques qui viennent détruire ou endommager les surfaces agricoles.
Le retour vers des méthodes traditionnelles
Une solution commune à ces territoires réside dans la réhabilitation de méthodes d’agriculture traditionnelle, perdues au fil du temps et de l’ouverture au commerce international.
À Mayotte, avant le cyclone Chido fin 2024, le modèle dit du “jardin mahorais, qui mêle production vivrière, maraîchère et arbres fruitiers, couvre jusqu’à 90% des surfaces cultivées.
En Polynésie française, des habitants ont mis en place des rahui, interdictions temporaires d’exploiter les zones de pêche le temps de leur régénération, pour lutter contre la pêche intensive qui avait épuisé les ressources naturelles des lagons.

Malgré toutes ces initiatives individuelles, la souveraineté alimentaire dans les DROM ne se fera qu’avec des politiques et des investissements conséquents du gouvernement. Cette semaine, une conférence sur ce thème donnée par la ministre de l’Agriculture Annie Genevard lors du Salon de l’Agriculture a été interrompue par des militants de la Confédération paysanne dénonçant la situation en Outre-Mer. L’organisation dénonce notamment, rapport de la Cour des Comptes de l’Union européenne à l’appui, un concentration des financements des aides en outre-mer à “une poignée d'agro industriels et de grands producteurs de banane et de planteurs de cannes”, excluant nombre de petits producteurs.
Auteur⸱ice
Journaliste-réalisateur réunionnais, Méwaine cherche à raconter le monde changer à travers les personnes et communautés les moins visibles.