En Kanaky-Nouvelle Calédonie, une attaque mortelle de requins relance le débat sur l’abattage

Interdites par la justice en 2023, les autorités de Kanaky-Nouvelle Calédonie ont pourtant autorisé à nouveau les campagnes d'abattage de requins-tigres et requins-bouledogues pour des raisons de sécurité.

En Kanaky-Nouvelle Calédonie, une attaque mortelle de requins relance le débat sur l’abattage
Dimanche 22 février, Cyril Chevalier, amateur de sports nautiques, était retrouvé mort après une attaque de requin-tigre au large de Nouméa.

Quelques jours après la mort de Cyril Chevalier, médecin normand de 55 ans, tué dimanche 22 février par un requin alors qu’il pratiquait le wingfoil au large de l’Anse Vata, au sud de Nouméa, la population reste sous le choc. Dès le lendemain du drame, les autorités locales ont annoncé une campagne d’abattage visant les requins-tigres et les requins-bouledogues.

À l’origine de cette mesure se trouvent la municipalité de Nouméa et La province Sud (une des trois entités administrative de la Kanaky-Nouvelle Calédonie, généralement considérée comme anti-indépendatiste), qui sont habituées de ce qu’elles appellent des “campagnes ciblées de prélèvement”, mais qui ont plusieurs fois donné lieu à un bras de fer avec les associations environnementales et même la justice. Cette fois-ci ne faisant pas exception, l’association Ensemble pour la planète (EPLP) a déposé ce mardi un recours en référé et sur le fond devant le tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie. 

En 2019, ces mêmes autorités avaient autorisé pour la première fois l’abattage de requins-tigres et bouledogues aux abords des plages suite à une attaque sur un enfant qui avait bouleversé la population. 

Des campagnes d'abattages interdites par la justice

Au total, ce sont plus de 200 requins tués entre 2019 et 2023 - dont 127 pour la seule année 2023, où trois attaques sur des humains ont été enregistrées - avant que le tribunal administratif de Nouvelle-Calédonie n'interdise ces campagnes d’abattage fin 2023, estimant la décision des autorités “disproportionnée au regard du but de protection de la vie humaine poursuivi”. En effet, les attaques de requins y sont plutôt rares, à peine 67 et 13 morts entre 1958 et 2020 selon une recension scientifique, des chiffres bien loin derrière l’Australie, les États-Unis ou l’Afrique du Sud. 

Le tribunal administratif avait également souligné l’absence d’étude scientifique sur l’état des populations des espèces ciblées ou des effets de tels prélèvements sur l’environnement, alors que La Province sud, ayant son propre Code de l’environnement, avait retiré les requins tigres et bouledogues de la liste des espèces protégées, une décision également annulée par la justice. 

L’effroi et la colère de l’association peuvent également s’expliquer par la délivrance il y a moins de trois mois d’une confirmation de l’interdiction des campagnes d’abattage par la cour administrative d’appel de Paris. Aujourd’hui, les autorités de Nouméa justifient leur reprise par la gravité du drame, “en réponse immédiate et par principe de précaution”, une décision “juridiquement indéfendable et politiquement irresponsable”, comme on peut le lire dans un communiqué de l’EPLP, qui rappelle l’absence d’études scientifiques et de preuves de l’efficacité de l’abattage dans la lutte contre les attaques. 

L'exemple Réunionnais encore dans les mémoires

Cette crise requin n’est pas sans rappeler La Réunion à plus de 11 000 km des plages de Nouméa, un autre département ultramarin où les attaques de squale faisaient jusqu’à récemment les gros titres de la presse locale et nationale, attirant même les foudres de Brigitte Bardot qui avait à l’occasion qualifiée . Si l’île a comptabilisé 25 attaques et onze morts entre 2011 et 2019, cela fait plus de 6 ans qu’aucune attaque n’est à déplorer. Pour endiguer les risques, la préfecture avait pris en 2013 un arrêté pour réglementer la pratique des activités nautiques et les limiter aux lagons naturels, zones protégées et surveillées et mis en place des filets anti-requins. 

À La Réunion, un vaste plan anti-requins a été mis en place après 25 attaques entre 2011 et 2019. Depuis, aucune attaque de requins n'est à déplorer.

Depuis bientôt dix ans, un Groupement d’intérêt public, regroupant des acteurs publics et privés, politiques locaux, scientifiques et des acteurs de la société civile, est chargé de discuter du risque requin et des solutions adaptées, un fonctionnement différent de celui opéré en Kanaky-Nouvelle-Calédonie. 

Sur les réseaux sociaux, l’annonce de la reprise des opérations d’abattage n’ont pas manqué de susciter la colère de certains habitants du Caillou, dans un contexte de désaccord autour du projet de réforme constitutionnelle sur le statut du territoire.

Auteur⸱ice

Méwaine Petard
Méwaine Petard

Journaliste-réalisateur réunionnais, Méwaine cherche à raconter le monde changer à travers les personnes et communautés les moins visibles.

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