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Les Outre-Mer comptent plus de mineur.e.s victimes de violences sexuelles, mais leur prise en charge est inégale
Après le meurtre de Lyhanna dans le Gers (32), les violences sexuelles sur mineur.e.s sont scrutés. Entre Outre-Mer, le problème est dénoncé depuis plusieurs années. État des lieux.
En début de semaine, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a demandé aux procureurs de réexaminer les affaires de violences sexuelles sur les mineurs partout en France, soit 70 000 dossiers. Depuis, chaque juridiction a commencé l’analyse de ses dossiers en cours.
Ce jeudi, la procureure générale pour La Réunion et Mayotte, Fabienne Atzori, a fait état de 1 417 procédures enregistrées à La Réunion et de 421 à Mayotte.
En Martinique, 132 procédures pour viols ou agressions sexuelles sur mineurs ont été enregistrées en 2025.
Ces chiffres ne concernent cependant que les plaintes parvenues au parquet, et restent inférieurs au nombre réel d’actes de violence sur mineurs.
Les Outre-Mer particulièrement touchés par les violences sur mineur.e.s
D’après une étude de l’Institut national d’études démographiques (INED) menée en 2018, 6,6% des femmes et 0,9% des hommes à La Réunion déclaraient avoir subi des violences sexuelles (attouchements, baisers forcés, viol ou tentative...) avant leurs 18 ans.
Ces chiffres sont plus élevés que dans l’Hexagone (4,6% des femmes et 0,7% des hommes).
Ce type de violences est encore plus élevé dans les autres DOM, comme en Guadeloupe, où 8,8% des femmes interrogées et 1,7% des hommes déclarent en avoir subi.
En Martinique, près d’une femme sur dix (9,1%) et 2,9% des hommes disent avoir subi des violences sexuelles avant leurs 18 ans. Les viols ou tentatives de viol sur mineures dans le département s’élevaient à 3,2% en 2018, soit le double de ceux relevés en France hexagonale.
L’étude de l’INED n’a pas été menée en Guyane ni à Mayotte, deux départements pourtant caractérisés par une population majoritairement jeune (près d’un habitant sur trois a moins de 15 ans en Guyane selon l’INSEE, et un habitant sur deux a moins de 18 ans à Mayotte), et donc particulièrement exposés aux violences sur mineurs.
En Guyane, une association menant des actions de prévention dans les établissements scolaires a relevé que 30% à 40% des élèves de collège et lycée rencontré.e.s ont déclaré avoir été victimes d’agressions sexuelles.
À Mayotte, des collectifs alertent non seulement sur l’ampleur des violences sexistes et sexuelles, dont un taux d’inceste plus élevé que dans l’Hexagone, mais également sur les défaillances du système judiciaire et médico-légal dans le 101e département. En effet, selon des chiffres de l’enquête Wamitoo de 2021, près de 45% des plaintes déposées sur le territoire, incluant les violences sur mineur.e.s et majeur.e.s, ont été classées sans suite.
Mais comment expliquer cette prévalence ?
Les élus d’Outre-Mer tirent la sonnette d’alarme
Le contexte est si alarmant qu’il a conduit à une mission d’information sur la lutte contre les violences faites aux mineurs en Outre-Mer, à l’initiative d’élus locaux.
Cette mission a débouché sur un rapport de 2023 dans lequel les parlementaires dressent un état des lieux général en Outre-Mer, incluant la Kanaky–Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française, deux territoires marqués par des fonctionnements différents.
On peut y lire que les départements et collectivités d’Outre-Mer sont particulièrement marqués par une grande précarité économique, des problèmes de logement favorisant les violences domestiques, une consommation d’alcool et de stupéfiants par les parents, ainsi que des contextes culturels où il est parfois difficile de dénoncer des faits de violence, surtout lorsqu’ils sont commis par des membres de la famille.
Le rapport relève également des lacunes dans les services de l’État pour la protection des enfants. Les moyens déployés sont jugés insuffisants et le personnel qualifié tend à manquer, aussi bien sur le volet médico-social - avec notamment un manque criant de familles d’accueil - que sur le volet judiciaire, notamment pour la prise en charge des victimes mineures.
Alors que le ministre de la Justice a enjoint les procureurs généraux à examiner « l’intégralité des plaintes qui touchent les enfants » d’ici le 14 juillet, l’affaire Lyhanna rappelle que, dans les Outre-Mer comme ailleurs dans le pays, le sujet des violences sur mineurs est connu et signalé depuis des années.